01/02/2012

"CREER C'EST RESISTER. RESISTER C'EST CREER"

Ainsi se conclut le manifeste "Indignez-vous!", paru en octobre 2010, de Stéphane Hessel. D'origine juive polonaise, converti au luthéranisme, - on ne peut s'empêcher de faire ici le lien avec la famille de Moses Mendelssohn -, l'auteur avait échappé aux camps de Buchenwald et de Bergen-Belsen.  C'était de1941 à 1945, les années de la résistance. Ce simple mot RESISTER avait un sens vital. Celui qui a permis à Marie Durand, huguenote, de survivre alors dans la prison d'Aigues-Mortes. Page 13 "Ma longue vie m'a donné une succession de raisons de m'indigner. Ces raisons sont nées moins d'une émotion que d'une volonté d'engagement". Son parcours en est l'exemple: Libre, il s'engagera dans la diplomatie française, travaillera à New York auprès du secrétaire général des Nations Unies à l'élaboration de la Charte des Droits de l'Homme.

A suivre le parcours de cet écrivain et militant d'exception, on peine à discerner avec évidence le lien, sinon par le titre de l'opuscule, qui le relierait à l'actuel mouvement des indignés dont on l'a sacré, à son insu, leader intellectuel. Dire que ce "slogan" ait résonné - sans pour autant raisonner - auprès d' une jeunesse sans avenir économique soit en Grèce, en Islande ou en Espagne, comme auprès de peuples sans avenir politique soit en Tunisie, en Lybie, ou ailleurs, est vraisemblable. En comprendre le ton à Genève, ville de dialogue et de paix, devient plus ardu. Qui plus est au parc des Bastions, lieu convivial, familial et patrimonial sis face à ce fameux Mur, un Mur que l'on visite tant précisément parce qu'il n'est pas celui des Lamentations mais celui de l'espoir, celui de l'action.

Lisons encore: Je voudrais dire aux jeunes: la pire attitude est l'indifférence, le "je n'y peux rien, je me débrouille". L'une des composantes essentielles de l'humain est sa faculté d'indignation et l'engagement qui en est la conséquence. Et à la page 18 cette formule originale, cette sagesse: Il ne faudrait pas ex-aspérer, il faudrait es-pérer. L'exaspération est un déni de l'espoir.

Conscient sans doute de n'avoir pas été compris d'emblée auprès des jeunesses contemporaines, S. Hessel publie très vite, soit au printemps 2011, un second manifeste  "Engagez-vous" puis un troisième, la même année, en collaboration avec Edgar Morin "Le chemin de l'espérance". Sans banderolles, sans fanfares, sans défilés.

Qu'est-ce à dire, sinon qu'ici, nos militants, bien que campés devant l'Académie, entourés de libraires, n'ont vraisemblablement connaissance ni du premier ni du second texte sans parler du troisième. Ont échappé au sens de leur combat. Du retour à l'obscurantisme. Que, sur le fond comme sur la forme, ce combat est décalé: parce que, nous aussi, nous sommes indignés contre des tyrans voici plus de 700 ans... et avons  créé la Confédération. Nous aussi, nous sommes indignés à Solférino voici plus de 150 ans... et avons créé la Croix Rouge. Ce ne sont que deux exemples que l'on ne peut raisonnablement ignorer sans compter le nombre extraordinaire de fondations et d'associations à but humanitaire qui ont vu le jour à Genève, cité qui, devant quasi chaque exas-pération voit naître de nouvelles vocations, de l'envie et de la volonté d'es-pérer.  

Le campement des indignés au parc des Bastions ne suscite qu'exas-pération et déni d'espoir. Leur comportement est une insulte.  A notre démocratie - allez voter! - comme à notre système social - aidez les associations! De plus il est une offense à la pensée et à l'oeuvre de celui-là même qu'ils croient suivre et dont nous affirmons que l'on a pas plus le droit de piétinner les mots que l'on se prend celui de piétinner nos pelouses.

L'appel de l'auteur est clair: A ceux qui feront le 21e siècle nous disons avec notre affection "CREER C'EST RESISTER, RESISTER C'EST CREER". Paroles chaleureuses, sensées, paroles de maître. Qui plus est, ma foi, paroles de socialiste! Qu'attend donc la majorité alternative du conseil administratif de la Ville de Genève pour en décider l'application?

11:54 Publié dans DE L'ORDRE ET DES IDEES | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

De 1941 à 1945 nous rappelle encore la première guerre mondiale, des membres de diverses résistances emprisonnés. Ce slogan créé vont aider les générations suivantes à mieux comprendre l'histoire. Les expériences et les tortures vécues par nos antécédents, apprendre aux jeunes comment RESISTER en temps de guerre, en temps de crise. Comment garder espoir dans de telle circonstance.

Écrit par : faire part mariage | 09/02/2012

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