14/01/2014

D.E.G.A.G.E! ou le pouvoir du verbe

Six lettres. La force inouïe d’un impératif singulier présent qui, voici trois ans le 14 janvier 2011, a sonné comme les trompettes de Jéricho, et résonne encore, résonne toujours, plus loin et partout. Un  cri primal, le clairon de la délivrance, une voix, un commandement,  surgi nul ne sait vraiment quand, où, ni comment - dont nul en somme n’a jamais revendiqué  la paternité -  si  clair, si vrai, si évident,  franc, spontané, anonyme et partagé, qu’il ne lui aura fallu que quelques semaines,  pour que, repris en choeur et  avec ferveur, il s’impose naturellement à tout un peuple et provoque la chute d’un gouvernement!  Quel pouvoir, quelle efficacité !  Le pouvoir d’un seul verbe.

Il est vrai qu’il arrivait à point nommé, celui-ci. Et cependant,  je reste fascinée. Subjuguée par la force de ce verbe, un seul, ce produit  de notre cerveau, qui, pour n’appartenir à personne est devenu symbole de lutte de tout un peuple, a  libéré les voix, les  énergies,  à l’infini.

On avait déjà  entendu ailleurs des citoyens crier  « Indignez-vous ! », d’autres défiler derrière « la force tranquille », avec un  « Vivement demain », ou « Yes we can ! » Mais rien de semblable à cet impératif  qui,  sans gourou, sans autre leader que le peuple, sans agence de marketing ou de communication, a trouvé l’énergie, en ce 14 janvier, de chasser l’hiver et de croire au printemps.  Ainsi ce témoignage :

J'ai suivi au quotidien la montée de la vague révolutionnaire. Je sentais qu'elle allait cette fois atteindre des niveaux jamais atteints, mais je dois avouer que je ne croyais pas qu'elle serait en mesure de renverser le régime de Ben Ali. Mais je me suis vite rendu compte du changement intervenu dans les mentalités tunisiennes, les dés étaient jetés; Ben Ali tentait de calmer le jeu mais rien n'y faisait.

C'est dans cette atmosphère que je fus surpris le 14 janvier à 17h et quelques minutes par un appel téléphonique de mon frère qui me disait qu'un avion était en train de décoller de l'aéroport de Tunis Carthage et que ça pouvait  étre celui de Ben Ali en fuite.  Je courus vers la fenêtre de ma cuisine et vis de mes propres yeux s'envoler cet avion de la délivrance…

(MC à FK, le 25 décembre 2013)

Ah s’il suffisait d’un verbe, d’un seul,  pour recréer le monde, plus libre, plus juste, plus solidaire !

A  l’heure qu’il est, trois ans après,  perdus dans les méandres des 150 articles de leur future Constitution, les Révolutionnaires  mesurent combien il en faudra encore ajouter à ces 6 premières,  sans que la lettre n’étouffe l’esprit, pour  faire éclore un vrai texte de printemps, qui n’ait point trop perdu de la force primale, et rendre concrète,  durable et  vivante  cette formidable énergie populaire, l’énergie de la Révolution…

 

17:44 Publié dans DE L'ORDRE ET DES IDEES | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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