28/01/2016

MAH OU LA PASSION EN + (1)

Un Musée centenaire qui respire la poussière et l’ennui

Tout d’abord, entre nous, permettez une confidence : Enfant, en passant devant la bâtisse monumentale de Charles Galland, je me disais : ce doit être un endroit pour les gens sérieux et les vieux. Ecolière, on nous y emmenait vers l’Escalade, a priori c'était joyeux, mais on devait s’y taire comme au cimetière, puis on nous montrait les casques et armures - sans les savoyards - , franchement je n’ai jamais eu envie d’y retourner, je préférais le cortège! Adulte, je me demandais encore entre un bâtiment administratif ou une caserne ce qu' abriterait au plus juste cette construction ? Or je découvre aujourd’hui que les Camoletti, ont bel et bien érigé notre première caserne, notre première gare, nos postes, des bâtiments fédéraux (l’Hôtel Cornavin, le Rialto, la maison de la Radio étant l’ouvrage de la jeune génération) avant de gagner le concours du Musée. Est-ce peut-être pour cela que, à l’exception du grand escalier intérieur, et malgré la cour aux contours très convenus, rien n’est jamais parvenu à  me démettre de l’impression que l’ensemble a quelque chose de sombre, de lourd, de presque stalinien, qui explique peut-être l’affection que lui portent certains…

MAH LaPatrie_160121-1.jpg

Il eut fallu réaliser les jardins devant le Musée, dans l’esprit du Trocadéro (souvenirs d'études à Paris), ouverts sur l’Observatoire et la descente vers le lac, prévus dans le projet original de l’architecte pour l’épanouir, tant il est vrai qu’ en l’état, ni de l’extérieur ni de l’intérieur, je ne suis jamais parvenue à m’identifier à ce bâtiment et le considérer comme référence culturelle de ma ville. Tout y respire la poussière et l’ennui.  Et cependant, ce Musée mérite.

Le goût des Musées ne m’est venu que plus tard et d’ailleurs. Athènes, Florence, Londres, Turin par exemple. Ou grâce à nos collectionneurs privés notamment: Baur, Patek,  Barbier-Muller, Bodmer (pour Genève), Gianadda (Martigny),  l’Hermitage (Lausanne), Beyeler (Bâle), Reinhardt (Winterthur). Les galeries d’Etat, en général, ne m’inspiraient que peu au point où, en voyage, lorsque j’avais le choix entre la visite d’un Musée officiel  et d’une galerie privée, je  courais à la galerie…

Un projet d’agrandissement qui dégage du souffle et de la lumière

Tout a changé en 2004, lorsque, siégeant nouvellement à la commission de la Culture, les services de la Ville, accompagnés de César Menz, alors directeur, sont  venus nous présenter le projet d’agrandissement du Musée. Une séance qui, en quelques images, ont imprimé du souffle, de la lumière et de l’espace, un coup de jeune enfin à notre vieux Musée. Puis, il nous a  été organisé une visite des  ateliers de restauration et des dépôts : de véritables boîtes  à merveilles, dont on ne peut que regretter qu’elles ne soient accessibles qu’à quelques élus.

Oui, d’emblée j’ai aimé et respiré avec ce nouveau projet ! Non par référence à des réussites de l’architecte concepteur ailleurs, mais parce qu’il réussissait ce miracle que de me donner l’envie, enfin, d’y aller ! Sans les jardins, l’ouvrage de Marc Camoletti est resté inachevé. Le projet Nouvel, dans l’espace réalisé, lui rend ce qu’il n’a jamais trouvé : le dégagement et l’attractivité. 

MAH Nouvel 28_infographie_projet-jean-nouvel_forum_recadr.jpgOn nous parlait aussi d’une nouvelle vie au Musée,  de remuer les sous-sols, d’amener au jour des milliers d’objets qui s’empoussièrent dont les fameuses collections Hodler - notre Van Gogh local -, du portraitiste Jean-Etienne Liotard, Charles Bonnet et les derniers pharaons, bref de revoir les priorités quant au choix des collections permanentes, repenser la muséographie, l’accueil des publics, tout un processus de dynamisation  prêt à démarrer  avec enthousiasme à l’aulne du 100e anniversaire en 2010. En plus du souffle et de la lumière on lui donnait du sens.

Il est 2016 et l’on en cause toujours. Aujourd’hui, le Musée n’assure plus ni la survie aux œuvres qu’il abrite  ni la sécurité aux visiteurs. Tout ceci parce que, depuis plus de 100ans,  la Ville n’y a jamais plus touché. Et d’aucun se disputeraient encore maintenant pour continuer à  ne jamais y toucher…  

Et les deniers ?

Certes, le nerf de la guerre c’est l’argent et si  la Culture n’a pas de prix, elle un coût. Bien plus un financement. Et puisque sur les affiches on ne parle finalement plus que de ça, comme d’ailleurs dans toutes les disputes  où il n’est in fine plus question que de porte-monnaie, dans un prochain blog, je vous parlerai d’argent - par exemple du coût des musées fermés - mais pas que. A suivre donc.

16:51 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

J'aurais pu écrire ces mots. Merci de l'avoir fait.

Écrit par : Pierre Jenni | 28/01/2016

Salut Florence,

J'aime beaucoup ton texte. Sauf que j'arrive à la conclusion contraire. Mais bravo, c'est fort bien écrit !

Écrit par : Bertinat | 28/01/2016

Je ne trouve pas votre jugement esthétique plus solide que vos compétences historiques («...les premiers Camoletti, ont bel et bien érigé notre première caserne, notre première gare...»).
Vous trouvez au Musée «quelque chose de sombre» ? Ça ira sans doute mieux quand Nouvel en aura bouché la cour

Écrit par : J.-C. Curtet | 28/01/2016

Pour les sources les voici: https://www.unige.ch/archives/architecture/fonds/patrimoinegenevois/camoletti/

Pour l'appréciation esthétique, j'exprime avant tout enfin librement ce que j'éprouvais depuis des années et qu'il était peu convenu d'exprimer. Comment expliquer 100 ans de manque d'intérêt de la part de la Ville pour ce Musée sinon parce qu'il n'a pas réussi à nous concerner (pour des raisons diverses d'ailleurs)?

C'est cela qu'il faut changer et la vision de Jean Nouvel a une magie certaine: la cour sera valorisée, sa lumière entrera tout entière par les baies vitrées dans les salles, elle diffusera sur tous les étages, voilà le projet!

Écrit par : Florence KB | 29/01/2016

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