30/01/2016

MAH  ou LA PASSION en + (2)

Si nous ne causions pas d’argent ?

Mais de valeurs, par exemple, de nos valeurs. Genève, rappelons-le, est depuis toujours une ville d’échanges matériels et immatériels. Il s’y rencontrent des marchands et des penseurs, s’y échangent des matières et des idées. S’ajoute à cela une certaine passion de collectionner, à tel point que notre cité concentrerait, dit-on, le plus grand nombre de collections, tous objets confondus. Serait-ce la faute à Rousseau et son premier herbier ?  C’est ainsi que la destination de notre Musée se devait d’être encyclopédique dans la mesure où il ne se limiterait pas à n'exposer que nos collections historiques (Escalade, Rétable de Saint-Pierre dit de Konrad Witz) – lesquelles se seraient somme toute satisfaites d’un hébergement dans un hôtel particulier ou une bonne maison genevoise transformée en Musée de l’Escalade – mais qu’il accueillerait des collections privées, lesquelles constituent aujourd’hui 80% de notre fonds. Le MAMCO commande des œuvres, le CAC en achète. Le MAH accueille, conserve et expose. C’est son histoire.

L'ennui étant que la rencontre avec des objets anciens, amoureusement collectionnés, se fait ma foi en l’absence des personnalités passionnées et passionnantes qui les avaient acquises. D'où l'importance croissante du métier de médiateur culturel car, avec le temps, la distance  entre l’œuvre et le visiteur tend à se creuser. Et l'ennemi no 1 d'un Musée c'est l'ennui. 

C’est donc avec la plus grande sympathie que j’ai appris qu’un collectionneur s’intéresserait à associer sa collection aux nôtres ! A participer de la vie du Musée ! Et voici bien ce qui insupporte certains : l’arrivée d’un collectionneur vivant, dans le Musée… 

MAH 2014-corps-esprits-expo-gde.jpg

                                                                                  Ceci me ramène encore à un souvenir d’enfance lorsque le dimanche, mes parents m’emmenaient chez des amis qui voyageaient beaucoup et avaient planté dans leur jardin des totems. Autour de ces objets étranges, ils ne manquaient jamais de nous raconter toutes sortes d’histoires fascinantes. C'est ainsi qu'ils sont devenus magiques pour moi. Depuis, les totems ont été légués au MEG. Lorsque j’y vais je cherche à retrouver parmi tant d’autres, celui moins anonyme de mes amis, qui m'en avaient donné l'avant-goût et la curiosité...

Revenant au MAH, je ne puis que saluer la main offerte d'un grand collectionneur à relever le défi de réussir à rafraîchir notre Musée tout en partageant ses acquisitions avec les nôtres, sous le regard bienveillant de notre municipalité. Ce faisant, il entre pleinement dans la vocation d'accueil de notre institution. Par ailleurs, il vient judicieusement compléter l’éventail encyclopédique existant, y trouvant, comme l’ont trouvé d’autres avant lui, un écrin favorable et l’opportunité de créer des juxtapositions intelligentes tout en réveillant l’esprit des lieux avec la flamme de sa passion. En insufflant un peu d’âme dans ces corps et ces esprits inanimés, qui avaient donnés lieu à une formidable exposition commune dont le succès fut mémorable. Rappelez-vous comment le collectionneur lui-même devenait guide et combien le courant passait, tant il est vrai qu' il n’y a meilleur narrateur que celui qui a fait le voyage, comme il n’y a de meilleure transmission que la transmission vivante.

MAH corps et esprit 12290532454_de4fcea761.jpg

Réveiller l’esprit de l’histoire, le rendre vivant, c’est la mission de l’institution. Avec de  la passion en plus.

Dans un blog prochain, c’est promis, nous parlerons d’argent. Du coût de la gratuité d’un Musée endormi, des coûts d’un Musée en ruine, et de quelques chiffres clés. A suivre donc.

08:49 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

28/01/2016

MAH OU LA PASSION EN + (1)

Un Musée centenaire qui respire la poussière et l’ennui

Tout d’abord, entre nous, permettez une confidence : Enfant, en passant devant la bâtisse monumentale de Charles Galland, je me disais : ce doit être un endroit pour les gens sérieux et les vieux. Ecolière, on nous y emmenait vers l’Escalade, a priori c'était joyeux, mais on devait s’y taire comme au cimetière, puis on nous montrait les casques et armures - sans les savoyards - , franchement je n’ai jamais eu envie d’y retourner, je préférais le cortège! Adulte, je me demandais encore entre un bâtiment administratif ou une caserne ce qu' abriterait au plus juste cette construction ? Or je découvre aujourd’hui que les Camoletti, ont bel et bien érigé notre première caserne, notre première gare, nos postes, des bâtiments fédéraux (l’Hôtel Cornavin, le Rialto, la maison de la Radio étant l’ouvrage de la jeune génération) avant de gagner le concours du Musée. Est-ce peut-être pour cela que, à l’exception du grand escalier intérieur, et malgré la cour aux contours très convenus, rien n’est jamais parvenu à  me démettre de l’impression que l’ensemble a quelque chose de sombre, de lourd, de presque stalinien, qui explique peut-être l’affection que lui portent certains…

MAH LaPatrie_160121-1.jpg

Il eut fallu réaliser les jardins devant le Musée, dans l’esprit du Trocadéro (souvenirs d'études à Paris), ouverts sur l’Observatoire et la descente vers le lac, prévus dans le projet original de l’architecte pour l’épanouir, tant il est vrai qu’ en l’état, ni de l’extérieur ni de l’intérieur, je ne suis jamais parvenue à m’identifier à ce bâtiment et le considérer comme référence culturelle de ma ville. Tout y respire la poussière et l’ennui.  Et cependant, ce Musée mérite.

Le goût des Musées ne m’est venu que plus tard et d’ailleurs. Athènes, Florence, Londres, Turin par exemple. Ou grâce à nos collectionneurs privés notamment: Baur, Patek,  Barbier-Muller, Bodmer (pour Genève), Gianadda (Martigny),  l’Hermitage (Lausanne), Beyeler (Bâle), Reinhardt (Winterthur). Les galeries d’Etat, en général, ne m’inspiraient que peu au point où, en voyage, lorsque j’avais le choix entre la visite d’un Musée officiel  et d’une galerie privée, je  courais à la galerie…

Un projet d’agrandissement qui dégage du souffle et de la lumière

Tout a changé en 2004, lorsque, siégeant nouvellement à la commission de la Culture, les services de la Ville, accompagnés de César Menz, alors directeur, sont  venus nous présenter le projet d’agrandissement du Musée. Une séance qui, en quelques images, ont imprimé du souffle, de la lumière et de l’espace, un coup de jeune enfin à notre vieux Musée. Puis, il nous a  été organisé une visite des  ateliers de restauration et des dépôts : de véritables boîtes  à merveilles, dont on ne peut que regretter qu’elles ne soient accessibles qu’à quelques élus.

Oui, d’emblée j’ai aimé et respiré avec ce nouveau projet ! Non par référence à des réussites de l’architecte concepteur ailleurs, mais parce qu’il réussissait ce miracle que de me donner l’envie, enfin, d’y aller ! Sans les jardins, l’ouvrage de Marc Camoletti est resté inachevé. Le projet Nouvel, dans l’espace réalisé, lui rend ce qu’il n’a jamais trouvé : le dégagement et l’attractivité. 

MAH Nouvel 28_infographie_projet-jean-nouvel_forum_recadr.jpgOn nous parlait aussi d’une nouvelle vie au Musée,  de remuer les sous-sols, d’amener au jour des milliers d’objets qui s’empoussièrent dont les fameuses collections Hodler - notre Van Gogh local -, du portraitiste Jean-Etienne Liotard, Charles Bonnet et les derniers pharaons, bref de revoir les priorités quant au choix des collections permanentes, repenser la muséographie, l’accueil des publics, tout un processus de dynamisation  prêt à démarrer  avec enthousiasme à l’aulne du 100e anniversaire en 2010. En plus du souffle et de la lumière on lui donnait du sens.

Il est 2016 et l’on en cause toujours. Aujourd’hui, le Musée n’assure plus ni la survie aux œuvres qu’il abrite  ni la sécurité aux visiteurs. Tout ceci parce que, depuis plus de 100ans,  la Ville n’y a jamais plus touché. Et d’aucun se disputeraient encore maintenant pour continuer à  ne jamais y toucher…  

Et les deniers ?

Certes, le nerf de la guerre c’est l’argent et si  la Culture n’a pas de prix, elle un coût. Bien plus un financement. Et puisque sur les affiches on ne parle finalement plus que de ça, comme d’ailleurs dans toutes les disputes  où il n’est in fine plus question que de porte-monnaie, dans un prochain blog, je vous parlerai d’argent - par exemple du coût des musées fermés - mais pas que. A suivre donc.

16:51 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook