15/03/2016

ELIE, MENDELSSOHN... ET NOUS?

Elias 2016 12510341_771766326262150_1418621340145623165_n.jpgParfois on vous demande : comment supportez-vous les turbulences de la politique locale dans laquelle vous êtes engagée? Une réponse : la Musique ! Tant il est vrai que plus l’on s’engage avec les autres, plus l’on a besoin de replonger en soi, converser avec les créateurs, les retrouver dans les Musées, au Théâtre, en Musique ou dans la Nature, tout simplement.

Or il s’est trouvé qu’en travaillant et faisant travailler l’Oratorio Elias, transfiguré par Felix Mendelssohn - quelques semaines avant sa mort prématurée à 38 ans-  j’ai retrouvé en une seule oeuvre tout ce qui me ressource : une histoire colorée, forte d’images et d’action, une musique passionnée, romantique,  avec ces formidables descriptions symphoniques quasi cinématographiques des éléments, qui embarquement nos oreilles aussi naturellement en haute mer qu’au cœur d’un volcan. 

Vous confier combien je me sens plus inspirée par ces choristes motivés par l’interprétation  de ces grands chœurs d’oratorios populaires « égalitaires » du Vormärz, issus de l’esprit révolutionnaire, dont Mendelssohn avait le secret et pour lesquels les meilleurs ont composé,  que par ces « petits ensembles » baroqueux - bien qu’avec tous mes respects - qui respirent ce relent d’élitisme où la musique se chuchote bassement entre deux  messes, une musique éclectique qui peut certes tenter pour s’évader du catastrophisme ambiant, de la vulgarité omniprésente, du quotidien… mais dont on peut se demander si elle est réellement capable de vous transfigurer ?

Pour Elias, pas question de s’évader! Avec 3 millénaires d’écart, on plonge en pleine actualité, dans un pays où  la violence autour du sacré faisait déjà fureur.  Sur une terre difficile pour les humains : désert, sécheresse. Et un dieu jaloux.

En ce temps-là, l’histoire d’un homme, tourmenté, solitaire, épris d’absolu qui  tente – quasi en vain – de convaincre  son peuple – contre son gouvernement -  d’abandonner le culte des faux prophètes et de leur faux-brillant - leurs dieux bling-bling dirait-on aujourd’hui – et  de choisir l’humilité, la simplicité. Les amener à écouter tout au fond d’eux-mêmes la voix tendre de celui qui vous parle « comme le doux murmure du vent » à vous, personnellement, de vous, confidentiellement et affectueusement.

Suivre le parcours de l’un de ces visionnaires trop sensibles, suprasensibles, accablé par le désespoir, qui, en pleine dépression, dès lors que personne ne veut l’entendre et que la seule personne qui le comprend, Jézabel, le hait et veut le sacrifier car adepte de Baal et de ses superficialités dira, sur une mélodie puissamment inspirée soutenue par un chœur de violoncelles: « Es ist genug » qui se résume à «  C’en est assez » ! Puis tournera le dos à ce monde qu’il juge perdu, se retirera – ou se réfugiera -  seul, à Dieu merci, dans le désert…

L’histoire ou la légende raconte ensuite qu’un char de feu l’ emporte au ciel, l’occasion pour le prodige Felix de l’une de ces pages éblouissantes où il fait chanter les éléments à travers  l’orchestre symphonique au grand complet, « un paysagiste de première classe » comme disait Richard Wagner.

Cette fin magique et mystérieuse nous maintient donc suspendus entre ciel et terre, ainsi le voulait le compositeur : « Je me représente Elie comme un vrai prophète, comme nous pourrions souhaiter en avoir un jour, énergique et jaloux, mais aussi sévère, courroucé et sombre, en contraste frappant avec la foule de la cour ou de la populace, en fait en opposition avec le monde entier et pourtant porté sur des ailes d’anges… »

Oui, notre monde aurait besoin de visionnaires, tels qu’Elie, qui nous transfigurent, comme il le fut lui-même un certain jour au Mont Tabor, nous élevant au-dessus de la mêlée et nous communiquant la force de vivre sur une terre de combats infernaux dont il espérait, prophétiquement voici 3000 ans déjà, lui aussi la trêve…

ELIAS, Oratorio  de Felix Mendelssohn, ce dimanche 20 mars 2016 à 17h à Saint-Pierre de Genève, avec le Chœur de la cathédrale, ses solistes et son orchestre !

 

 

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