07/09/2018

De la Presse, informative ou agitative?

A plus de mille kilomètres de Genève, je suis avec consternation, via facebook, les bonds et rebonds d’une Presse en voie de disparition, qui s’acharne de manière obsessionnelle et maladive autour d’un voyage de Pierre Maudet auprès du Prince héritier d’Arabie Saoudite en 2015, situation étrange autour de laquelle s’imposent quelques réflexions.

Si certes Pierre Maudet n’a pas tout dit à la Presse, ce qu’il admet, la question qui se pose est bien davantage à mon sens de relever tout ce que la Presse n’a pas dit à la population, je parle d’une presse de référence, avec des journalistes d’investigation, des spécialistes de relations internationales.  Va-t-elle l’admettre ? Sur l’intérêt par exemple de cette visite, de ses enjeux potentiels pour Genève dans le contexte nouveau d’Emirats en plein désir de modernisation et d’évolution.

Ce que la Presse aurait pu rappeler par exemple – merci au journal OuestFrance pour son article - c’est que les héritiers au pouvoir actuels, tant le Cheikh e Cheik Mohamed Bin Zayed Al Nahyan, BZAN, que le Prince Mohammed ben Salmane, MBS, sont des surdoués de la politique. Ce dernier, devenu héritier à 32 ans le 29 avril 2015, a, avec l’accord de son père,  entrepris de réformer un pays endormi sur son pétrole, en accordant  notamment le droit de conduire aux femmes, l’ouverture des cinémas, puis en se projetant avec « Vision 2030 » sur d’ambitieux projets d’efficacité énergétique, de valorisation du patrimoine, de développement d’infrastructures culturelles et touristiques, la création d’un fonds d’investissement numérique. Aurait-il lu le discours de Saint-Pierre ?

Ensuite, préciser que « Pour mettre en œuvre notre plan, nous devons avoir de nombreux partenaires à travers le monde (Time)». Que, pour concrétiser ses objectifs, il a pris l’initiative de contacts divers et variés en particulier avec des chefs d’Etats modernistes avant de consacrer 40 jours à les rencontrer en Europe - merci à la Tribune.fr pour ces informations ! C’est dans cette dynamique qu’une invitation, même informelle, du président de notre gouvernement à Abu Dhabi pouvait se comprendre a priori de manière  logique. Pourquoi ne pas l’avoir dit ? Car si le fait de l’accepter semble avoir posé problème à certains, le fait de la refuser n’est pas neutre. C’eut été au minimum un message ambigu notamment dans le contexte d’évolution actuelle, mais plus encore dans une culture où l’on ne refuse pas « à la suisse » une invitation, dont le montant, soit dit en passant, qui n’a rien coûté à l’Etat genevois, s’il a paru excessif aux yeux de certain concitoyens, eu égard aux habitudes fédérales, ne représente pas un sacrifice significatif de la part de l’hôte précité, justifiant de graves soupçons de corruption, celui-ci s’étant précisément fait remarquer semble-t-il par son engagement contre la corruption dans son propre pays..

Mais encore – merci à 20Minutes France/Monde – il est à relever que le dynamisme de ce jeune Prince a permis l’ouverture l’automne dernier d’un monument culturel mondial, le Louvre Abu Dhabi, premier musée universel du monde arabe, en partenariat avec des experts français, et que d’autres projets d’envergure sont en cours en partenariat avec l’Europe, principalement la France, tels que des fouilles archéologiques, la création d’un opéra et d’un orchestre symphonique, le développement de l’Art Contemporain, ceci dans le cadre général de coopération établissant notamment des programmes conjoints dans les domaines les plus divers, avec des financements conjoints. Dans ce cadre – que l’on aurait aimé voir relayé par la presse locale – on est en droit de se demander pourquoi notre OSR, notre Grand Théâtre, notre Haute Ecole de Musique, nos artistes contemporains, resteraient hors jeu ? Tout simplement parce qu’ici c’est Genève, comme on dit ?

Dommage, car oui, il se passe des choses, cela bouge en Arabie Saoudite ! C’est peut-être the place to have to be. Et le seul regret que j’exprimerais à ce stade, c’est que l’invitation de notre magistrat se soit limitée à un concours de formule 1…

Des lecteurs attentifs - que je remercie - m'ayant signalé que la rencontre évoquée a eu lieu non pas avec MBS mais avec le Cheik Mohamed Bin Zayed Al Nahyan,  Me suis donc précipitée pour apprendre les actions de cet important personnage, et découvre ici encore, ce qu'aucune presse autour de cette affaire avait saisi l'occasion de mentionner - à part les questions militaires - et qui m'ont encore plus impressionnée que celles de MBS.... la suite de l'article reste donc intacte. 

Au lieu que de s’en offusquer – ce qui à la longue pourrait indisposer S.A elle-même -  pourquoi n’a-t-on pas imaginé de Lui adresser un message de remerciement pour l’accueil généreux de notre représentant et de sa famille en 2015, en espérant que ce premier contact ouvre l’opportunité, avec l’ensemble du gouvernement de notre canton, d’une collaboration fructueuse sur des projets à moyen et long terme en vue d’ un monde plus moderne, plus ouvert, et plus beau ? La beauté sauvera le monde, disait Macron en citant Dostoïevsky lors de l’inauguration du Louvre Abou Dabi cet automne, et s’il n’est pas de mes habitudes que de citer le président Macron, il faut bien reconnaître que l’on ne peut que rejoindre ici ses propos au sujet du Prince Mohammed : « sa vision est un pari, mais s'il y a une chance que son projet réussisse, c'est de notre responsabilité de l'accompagner », il en va de même pour les actions progressistes, scientifiques et humanitaires du Cheikh BZAN.

Je sais, je rêve. Je ne suis plus ce matin à mille kilomètres de Genève, mais sur une autre planète, à mille et mille lieues de l’envie de la moindre ces agitations, de ces mesquineries, de ces bigoteries locales qui seront capables – inchallah -  de réduire la rencontre  de jeunes dirigeants surdoués et visionnaires,  à un vulgaire sketch de revue…

J’ose le dire, je ne pleurerai pas longtemps sur la disparition de cette Presse - là. Elle non plus ne dit pas tout et cache parfois la vérité.  J’ai trop d’estime pour le noble métier de journaliste dans une démocratie dite évoluée, participative, responsable, donc informée, pour avoir quelque pitié que ce soit envers ceux qui n’en respectent pas la Charte (Munich par exemple) et encore moins l’esprit. Cette affaire n’en est qu’une – pas la meilleure – il y en a eu d’autres et il y en aura encore d’autres. Cette Presse-là est indigeste. Je déclare donc, en ce jour de Jeûne Genevois, en attendant la venue d’un grand journalisme éclairé, intelligent, spirituel, genevois, ouvrir un jeûne intégral à durée indéterminée de Presse locale !

Trop c’est trop.

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