• Genève, Ville de Culture, se cherche un chef…

    Donc le nouveau visage des exécutifs comme des parlements communaux est désormais connu. Souhaitons à toutes et tous bon courage pour le prochain quinquennat ! Pour la Ville, ce que nous savons c’est que les femmes y trouvent leur juste place, soit, mais qu’en est-il de la plus importante d’entre elles, Dame Culture ?

    Il n’aura échappé à personne que les communes genevoises, contrairement à celles d’autres cantons, ont peu de prérogatives autonomes. Lors de ma première élection au conseil municipal, quelqu’un m’avait dit : tu verras, vous vous occuperez des pompiers et de la Culture ! De fait, les deux dicastères les plus importants en Ville sont celui de la Sécurité, avec son service du feu, qui intervient pour tout le canton et celui de la Culture, qui, de fait,  en porte quasi seule le flambeau.

    On ne le dit pas assez, ce sont les deux dicastères à fortes responsabilités de notre commune. C’est le  Département que l’on regarde le plus et de lus loin, sur lequel que repose la gestion de quasi toutes les grandes institutions et pas que !

    En chiffres c’est quelque 260 millions de budget annuel de fonctionnement contre 34 au Canton, investissements non compris. Est-ce juste ou injuste, trop ou trop peu ? Tel ne sera pas mon propos avant que de déterminer ce que nous voulons en faire pour répondre à l’appellation ambitieuse qui nous a été conférée par Berne voici quelques années « Genève, Ville de Culture ».

    Tout en saluant la qualité du staff au service de ce Département, qui, rappelons-le englobe également les Sports, force est de constater que, outre le poids financier celui-ci affiche de plus en plus de lourdeur et d’opacité. Que nous peinons en particulier à discerner une ligne politique forte et claire. Il ne s’agit bien évidemment pas d’imaginer, ne serait-ce qu’un instant, une politisation de la Culture, une Culture d’Etat, comme on le voit dans certains états totalitaires, bien au contraire, mais, il serait souhaitable, dans la multitude des dossiers, de pouvoir repérer la constellation spécifique qui guide cette immense barque qu’est la Culture pour Genève, ses priorités en somme.  Gouverner la Culture ne se limite pas à définir un organigramme, mais un paysage culturel, tout comme on dessine un jardin. En définissant des axes majeurs, autour desquels les chemins s’organisent et s’entrecroisent.

    Pour ma part, aujourd’hui, ces axes sont au nombre de trois, d’égale importance, incontournables définissant notre passé, notre présent et notre avenir. Un triangle.

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    Sans surprise, commençons avec notre vaisseau amiral : le Grand Théâtre. Comment se peut-il que le plus gros budget du Département soit dévolu à une institution sans ancrage politique courageux et clair? Sans une convention pluriannuelle ? Sans un plan de financement précis? Sans statut du personnel spécifique, assorti à une institution culturelle (ceci valant pour tous les employés d’institutions culturelles, voire sportives, et allant bien au-delà de la question du double statut) ? Sans nous assurer que le conseil municipal reçoive de cette institution à ses budgets à valider pendant ou après la saison écoulée, soit in extremis et en urgence, alors que tous les spectacles se préparent au moins 2 à 3 ans par avance ? Une institution qui, en 20 ans a fait déjà l’objet de plusieurs audits et dont on attend encore celui de la Cour des Comptes avant de décider, qui sait, peut-être, de quelque chose…

    Gérer Genève, Ville de Culture, c’est gérer d’abord son Grand Théâtre. Puis tous ses autres théâtres, frères et sœurs, comme une grande famille. Avec un objectif de traitement équitable entre les acteurs de l’un et ceux des autres. Et les Musées, les orchestres...

    Un autre dossier majeur pour notre Ville, à la peine aussi depuis plus de 20 ans, est celui de l’Art Contemporain. Rappelant que la place contemporaine genevoise en plein cœur de Genève a pris sa grâce à des passionnés privés. Un exemple ! Avec P. Mugny, elle est devenue l’emblème d’une certaine Alternative. Celle-ci a soutenu dans ses débuts le Développement du Quartier des Bains, le Mamco et le CAC. Mais, pourquoi, après ce flamboyant début, avoir voulu imposer sous le même toit un service municipal appelé FMAC, Fonds Municipal d’Art Contemporain, qui, avec son confortable espace d’exposition concurrence le Centre d’Art, dit CAC, C tout comme il fait doublon avec le Fond cantonal d’Art Contemporain, ce que révèle le récent audit de la Cour des Comptes ? De cette situation résultent tensions et perte de motivation du milieu privé, moteur de ce quartier phare, faisant côtoyer un service en gestion directe, sans soucis de financement, avec d’autres, pionniers, toujours en quête du lendemain ? N’y aurait-il pas lieu de remettre le tout au Canton ?

    Gérer Genève, Ville de Culture, c’est laisser l’Avenir surprendre notre Ville. Le soutenir sans le fonctionnariser. En revanche, un jour, songer - qui sait  et d’autres l’ont réussi avant nous - à lutter contre l’enlaidissement de la Cité à travers certaines constructions. Imaginer l’art au service de l’architecture ou de l’aménagement. Et pourquoi pas un Département de la Culture et de l’aménagement, plutôt que de la Culture et du Sport ? C’est, en début de législature, le moment de rêver…

    Enfin, et ce sont les grands laissés pour compte depuis toujours, un statut digne pour les acteurs culturels! Ceux-là même qui font l’oxygène et l’âme d’une Cité. Ne dit-on pas la cité de Calvin, d’Henri Dunant, de celui-ci ou de celle-là ? Et rappelons-nous que toutes celles et ceux qui ont fait notre réputation ont le plus souvent mal vécu ou tristement fini. Ceci depuis Mozart et Beethoven qui ont les premiers qui ont osé l’Art sans la dépendance ni aux Princes ni aux Evêques. Dont nous connaissons les turpitudes. C’est d’eux dont on parle bien plus que des politiques,  ingrate politique ! Et cependant, depuis 200 ans, avec l’avènement de la République, puis de notre système démocratique, il est essentiel que, hors princes et évêques, nous prenions en compte les créateurs, interprètes, visionnaires.  Leurs œuvres nous font vivre, mais qu’en est-il de leur vie ? Aujourd’hui, d’un coup, à la faveur de la situation critique que nous vivons avec la mise à l’arrêt des indépendants, on le voit : Il nous manque cette nourriture spirituelle, émotionnelle et sociale. Une faiblesse de notre système, que, singulièrement, avec les indépendants économiques, ils partagent l’oubli ou l négligence. Et puisque nous en faisons la comparaison pourquoi ne pas chercher ensemble avec le Canton, qui gère en principe l’aide à la personne, en particulier via Département cantonal de l’Economie, des piste communes de solutions, non seulement exceptionnelles, mais pérennes ? En ce début de législature, rien ne nous empêche de rêver…

    Est-il utopique de nous demander s’il vaut mieux souffrir de handicap que de talent ? Serait-ce un handicap que d’avoir du talent ? Et saviez-vous que les Hautes Ecoles d’Art forment aujourd’hui à l’excellence des élèves à des métiers qui n’existent pas ! C’est la question que la commission des Arts et de la Culture veut  résoudre en déposant ce mois de mars une motion commune à tous les partis.

    Voici en ce qui me concerne, les trois axes qui caractérisent actuellement le triangle de la Culture pour Genève. Hélas, et cela fait depuis le premier jour de mon premier mandat à la Commission des Arts et de la Culture – en 2003 !-  je vois que les motions succèdent aux motions, les budgets aux budgets, et que les problèmes restent les problèmes…

    Ne manquerait-il pas un chef à la Culture ? Pas un président, ni une co-direction, ni de multiples commissions d’experts, mais un maestro – ou une maestra ! Pourquoi ? Parce qu’un chef c’est d’abord un certain caractère pour ne pas dire un caractère certain. Il est passionné, impatient, direct et spontané. Un chef n’est ni neutre, ni patient, ni gentil, ni diplomate. Il ne délègue pas, il dirige et il assume. Il donne  le ton, la mesure et le tempo. Les politiques suivront, ou ne le suivront pas, mais ce qui est certain c’est que pour Genève, Ville de Culture, on l’attend…